Singulier-Pluriel (2010)

Singulier-Pluriel est un projet de résidences d'artiste sur une partie du territoire nord-côtier. J'ai parcouru villes, villages, milieux scolaires, lieux publics, privés et inusités, muni d'une table et de deux chaises afin d'inviter les gens à venir s'y asseoir. Face à face, moi et mon hôte avons effectué simultanément le dessin du visage de l'autre selon la méthode dite à l'aveugle. Cette méthode consiste à exécuter un dessin sans regarder le support. Il s'agit ici de disposer le papier sous la table, sur une surface rigide située au-dessus des genoux. Une fois le temps écoulé, nous nous offrons nos dessins. J'ai gardé une copie de l'illustration remise à mon invité sous forme photographique. J'ai accumulé plus de 750 portraits portraits de mon visage et de celui des autres. Le résultat final fut regroupé en formats originaux sous forme de «tapisseries-illustrations» exposées au Musée régional de la Côte-Nord à Sept-Îles. Ce projet permettait l'accès dans un Musée en tant qu'exposant à tous les participants. Question de poursuivre cette œuvre collective les spectateurs de l'exposition sont invités, à l'aide du mobilier ayant servi au projet pendant mes résidences, à réaliser un dessin à l'aveugle. Un mur a été mis à leur disposition afin qu'ils affichent leur création. Ainsi, l'œuvre continuera à évoluer malgré mon absence.

Singulier-Pluriel démocratise l'art de par ces contacts entre l'artiste et le public. Cet événement esthétique du geste instinctif vise à engendrer auprès de la population nord-côtière, par sa participation directe au processus de création, une prise de conscience et une mise en valeur du potentiel créatif présent en chaque individu. Ce projet explore l'humain à travers les sens. Il illustre le thème de l'image de soi brouillée par le regard de l'autre. En révélant des perceptions différentes de notre visage (notre identité) je voulais faire vivre au participant cette réalité de ce multiple en nous pour contrer le danger de ne s'identifier qu'à une seule image de soi.

Il m'était difficile de parcourir l'ensemble de la Côte-Nord en un seul été. J'ai donc choisi d'explorer le territoire d'où origine mes grands-parents (Rivière-au-Tonnerre, Havre-Saint-Pierre). Ma présence éphémère et mobile dans des lieux où évoluent des individus a proposé un regard inattendu et ludique face à leur quotidien. Le style déstabilisant provoqué par la méthode utilisée dans ce projet a permis, même au néophyte, de pouvoir s'exprimer à travers le dessin. Puisque ni lui ni moi voyons ce que nous dessinions je désirais mettre en valeur ce geste qu'il croit être laid. Paradoxalement, nous étions simultanément, artiste et modèle.

La table et les chaises ont été conçues durant une résidence d'artiste issu d'un partenariat dans le centre de récupération et de recyclage municipal de Baie-Comeau. Ce projet a reçu l'appui du conseil des arts et des lettres du Québec et de l'entente de la Côte-Nord

Le concept et la fabrication des chaises et de la table ont été réalisés dans l'ébénisterie de l'ancien centre de récupération de matières résiduelles de Baie-Comeau. Ce centre était partenaire de ce projet qui a aussi reçu l'appui financier du Conseil des arts et des lettres du Québec ainsi que de l'entente territoriale culturelle de la Côte-Nord.